|
|
Jean Moréas |
|
Aussi étonnant que cela puisse paraître, l’œuvre de ce poète qui fut l’ami de Verlaine et de Mallarmé et qui écrivit l’essentiel de son œuvre en français fait l’objet d’une reconnaissance plus importante en Grèce, son pays natal, qu’en France. Cette reconnaissance prend la forme d’études, de traductions mais aussi une forme plus inattendue, en plein cœur d’Athènes. En traversant le Jardin national, les marcheurs auront la surprise de tomber sur le buste de ce poète, qui possède par ailleurs une rue et un café éponymes. Le parcours poétique de Jean Moréas commence dans l’Athènes des années 1870. Issue d’une bonne famille, il abandonne rapidement les études de droit auxquelles son père le destinait et fréquente les salons et les cafés de la jeune capitale grecque. En 1878, il publie en grec son premier recueil de poèmes (Tourterelles et Vipères). Son œuvre en langue française s’inscrit dans le cours mouvementé des choix poétiques de Jean Moréas. Sa poésie se revendiqua successivement symboliste, décadiste, romane…Dandy invétéré, sa vie fut parisienne en tout point. Néanmoins, on retrouve dans sa poésie des traces de ses origines grecques dans ses nombreuses allusions à la mer, aux rivages qui l’ont vu naître, comme dans "J’irai le long des mers éternelles ". Dans le personnage de Jean Moréas, on sent avec une acuité particulière les affinités qui lient les cultures grecque et française. Le jeune dandy athénien trouva dans les salons et les cafés parisiens une place qui lui semblait prédestinées et un lieu d’expression. Ses rapports avec son pays natal restèrent intimes et passionnés : " J’adore la Grèce. Je l’exècre ".Il revint d’ailleurs à Athènes, dix-neuf ans après son départ (en 1897) ou encore en 1904 pour suivre la représentation de sa pièce Iphigénie. Ce travail sur la pièce d’Euripide (Iphigénie à Aulis), qu’il voulait écrire comme Sophocle aurait pu l’écrire, témoigne, encore une fois, de son attachement à sa culture première et de l’art avec lequel Jean Moréas sut intégrer cette partie de lui-même dans son œuvre. On peut donc à juste titre considérer la genèse de l’œuvre poétique de Jean Moréas comme une adoption mutuelle des inspirations grecques et française. Le relatif oubli dans lequel son œuvre est aujourd’hui tombée en France ne doit pas induire en erreur : lorsqu’il s’éteignit en 1910, Jean Moréas était un poète reconnu en France comme en Grèce, auquel Apollinaire, Barrès ou encore Max Jacob rendirent hommage. A.D Ce texte a été réalisé à l'aide de l'article de Pierre-François Astor "Evocation d'un poète disparu : Jean Moréas", AERIDES, Revue semestrielle de l'Association des Etudiants en Grec Moderne, Université de Genève, n°3, automne 1996.
|
|
|
|
|