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En 1572, pour couronner son œuvre, Ronsard se lance dans un projet gigantesque : la Franciade, poème total, à la fois chant et récit. Il choisit alors d’écrire une épopée sur le modèle de l’Iliade, pour achèver de hisser la culture française au niveau de ses rivales antiques. Ainsi, il proclame dès l’avertissement au lecteur la parenté de son œuvre avec l’épopée d’Homère : "Muse, qui tiens les sommets de Parnasse, Guide ma langue, et me chante la race Des roys Françoys yssuz de Francion" Fr., I, O.C., XVI, 29, vv. 1-3 L’objectif de cette épopée est de participer à la construction d’un mythe national en s’appuyant sur la légende des origines troyennes de la monarchie française. Le poète relie ainsi, par la forme comme par le fond, son œuvre au chef d’œuvre d’Homère. Selon Ronsard, Francus qui n’est autre qu’Astyanax, fils d’Hector, surnommé Phere-Encos, Porte-Lance, d’où francus, devait naviguer jusqu’en Gaule et fonder une ville appelée Paris, en mémoire de son oncle, le fatal ravisseur d’Hélène. A partir de cette légende, l’œuvre présente toute une succession de péripéties qui ont pour objectif de glorifier la dynastie des Valois par des comparaisons constantes aux grands héros mythologiques. D’ailleurs, Ronsard ne se cantonne pas aux seuls personnages de l’Iliade, son œuvre est émaillé de multiples emprunts. La réception de l’œuvre est un échec. Charles IX, qui suit ce travail de très près, s’est montré extrêmement exigeant avec le poète, bloquant en grande partie sa créativité. De plus, le contexte français des guerres de religion se prête mal à une telle épopée. En effet, la mythologie, en raison, de ses obscurités, de son caractère hyperbolique, de son contenu blasphématoire se heurte à la conscience judéo-chrétienne alors en pleine crise. Il s’agit cependant, d’une grande réussite du point de vue littéraire. Car si Ronsard n’avait jamais mis autant d’insistance que dans la Franciade à dévoiler tout ce qui le relie à ses modèles, l’imitation y est pourtant largement sublimée : les emprunts sont contaminés, fondus, dépassés par un libre « artifice » qui s’occupe moins de finir le récit que d’en faire miroiter à l’infini les épisodes. |