| Le métèque
Avec ma gueule de métèque, De Juif
errant, de pâtre grec Et mes cheveux aux quatre vents, Avec mes yeux tout
délavés Qui me donnent l'air de rêver, Moi qui ne rêve plus
souvent, Avec mes mains de maraudeur, de musicien et de rôdeur Qui ont
pillé tant de jardins, Avec ma bouche qui a bu, Qui a embrassé et
mordu Sans jamais assouvir sa faim...
Avec ma gueule de métèque, De
Juif errant, de pâtre grec, De voleur et de vagabond, Avec ma peau qui
s'est frottée Au soleil de tous les étés Et tout ce qui portait
jupon, Avec mon coeur qui a su faire Souffrir autant qu'il a
souffert Sans pour cela faire d'histoires, Avec mon âme qui n'a plus La
moindre chance de salut Pour éviter le purgatoire...
Avec ma gueule de
métèque, De Juif errant, de pâtre grec Et mes cheveux aux quatre
vents, Je viendrai, ma douce captive, Mon âme soeur, ma source vive, Je
viendrai boire tes vingt ans Et je serai Prince de sang, Rêveur ou bien
adolescent, Comme il te plaira de choisir; Et nous ferons de chaque
jour Toute une éternité d'amour Que nous vivrons à en mourir. Et nous
ferons de chaque jour Toute une éternité d'amour Que nous vivrons à en
mourir.
Georges Moustaki, Le métèque,
1969.
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