vestiges de l'antique Phocée
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Marseille
Phocée Massalia


    L’une des plus vieilles villes de France serait-elle fille de l’Amour ? C’est en tout cas ce que voudrait la légende. En 600 avant JC, les Phocéens débarquent sur le littoral hostile de la Gaule, en terres ligures. Ils viennent en commerçants, non en guerriers, aussi veulent-ils s’attirer les faveurs du roi Nann, le chef de la peuplade Ségobrige maîtresse des lieux. Celui-ci les invite le jour de leur arrivée à la noce de sa fille, Gyptis, qui selon la coutume offrira de l’eau à celui qu’elle voudra prendre pour époux parmi tous les prétendants présents au repas de noce. Or, c’est à un des invités phocéens, Protis, que la jeune fille offrit sa main.

    Le roi Nann aurait alors donné à son nouveau gendre une terre pour y établir une cité. Marseille était née.

    Le charme de la légende se simplifie dans la réalité à un mariage concerté, le roi ayant offert la main de sa fille et une terre en échange d’avantages commerciaux. Les Grecs venus d’Ionie auraient trouvé dans le site actuel de Marseille le lieu idéal pour implanter un comptoir commercial proche de l’embouchure du grand Rhône.

    Phocée, puis Massalia, va rapidement devenir la cité la plus importante de la Méditerranée avec 20 000 habitants ainsi que le principal îlot de civilisation grecque aux portes du monde barbare. Le commerce va se développer et les Grecs vont bientôt implanter d’autres comptoirs sur la côte gauloise comme Agathé Tiché (Agde) plus à l’Ouest. Plus qu’une simple cité, Massalia est un véritable Etat qui bat sa propre monnaie et possède des comptoirs et des colonies notamment sur l’actuelle Côte d’Azur.

    La prospérité sous les Grecs durera jusqu’en 49 avant JC, puis l’empereur romain César prendra possession de la cité.

    Le sous-sol de Marseille renferme de nombreux vestiges de l’époque antique mais les fouilles organisées en vue de les mettre à jour sont rares. En 1772, Grosson réalisa les plans des neuf grottes et alvéoles de l’immense citerne-fontaine située sous la place de Lenche et qui permettait aux Marseillais d’endurer les sièges sans craindre la pénurie d’eau.

    Mais la plupart du temps, les découvertes archéologiques ont été faites à l’occasion de travaux publics. Cela fut le cas en 1863 lorsque furent mises à jour des stèles datées de la fondation de la ville ressemblant à des oratoires taillés en forme de niches. On pouvait y voir une figure sculptée représentant une femme voilée, assise avec un lionceau. Il s’agissait de Cybèle (Rhéa en grec), déesse de la fécondité. Un siècle plus tard, en 1967, les travaux destinés à bâtir le futur centre Bourse permirent de découvrir une partie du port antique, des quais, des entrepôts, cent-cinquante mètres du rempart hellénistique (milieu Iie siècle avant JC), les restes d’une enceinte et d’une nécropole grecques ainsi que des parcelles de chaussée grecque et romaine superposées dans lesquelles les traces laissées par le passage des chars étaient encore visibles. De même, les constructions de la mairie annexe et du musée César au début des années 1990 eurent respectivement pour résultats les découvertes d’un bateau grec de quatorze mètres de long et d’une petite barque en bois de pin de construction grecque également, ainsi que d’un embarcadère et la continuation du quai datés du Vie siècle avant JC.

    Enfin des fouilles plus récentes ont mis à jour des thermes datés du IIIe siècle avant JC dans le quartier du Panier. Il s’agit d’une salle ronde de treize mètres de diamètre et leur taille leur vaut d’être les plus vastes du monde hellénistique après ceux de l’Agora d’Athènes.

    Bien qu’il n’y ait pas de certitude absolue, il est fort probable que des temples dédiés à Artémis et à Apollon aient été construits à Marseille. Certaines trouvailles confirment cette hypothèse tels de nombreux fragments de marbre, de colonnes, de chapiteaux de style corinthien. En 1952, un énorme chapiteau d’ordre ionique a été découvert. Il mesurait un mètre quatre vingt de large et seule une colonne de huit mètres de haut au moins pouvait le supporter.

    D’autres vestiges plus modestes sont régulièrement trouvés dans le sous-sol marseillais comme la statue de Minerve ou celle dite d’Aphrodite à la Colombe (conservée à Lyon) découvertes dans la rue des Consuls.

    Les fonds marins aux alentours de Marseille recèlent également de nombreuses traces du passage des Phocéens à l’image de l’épave grecque du Vie avant JC dans les eaux de l’île de Porquerolles dans laquelle ont été trouvés des coupes à boire de type ionien et attique, des vases, statuettes, lampes et amphores attiques. De même l’épave du grand Congloué dans la rade de Marseille renfermait une trentaine d’amphores grecques.