château de Clermont
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Péloponnèse

Les Châteaux francs


Comme cela fut le cas dans les Cyclades, les Francs suite aux campagnes latines en Grèce s’implantèrent dans le Péloponnèse à partir de 1205. De multiples forteresses destinées à préserver la conquête furent bâties dans la plupart des bourgs d’importance. C’est là que de grandes familles franques tels les Villehardouin connurent l'apogée de leur lignée.

Considéré comme la plus belle et la plus vaste fortification franque du Péloponnèse, le château de Clermont (Hlemoutsi) se dresse au sommet de la colline de Helonatas sur la presqu’île de Kyllini. Il fut édifié de 1220 à 1224 par Geoffroi II de Villehardouin et devint la place forte franque la plus puissante de Morée, avant de tomber aux mains des Angevins de Naples qui y tinrent captive Marguerite de Villehardouin décédée en ses murs.   

C’est dans ce château que fut battue la monnaie au XIIIe siècle. Rénovées durant cinq année, l’enceinte extérieure crénelée, les différentes salles, la cour, la chapelle, les terrasses témoignent encore de l’intense activité qui régna en ces lieux dont le panorama impressionnant embrasse Zante et autres îles ioniennes, la plaine d’Elide ou la côte de Missolonghi.

Capitale de la Messénie au sud du Péloponnèse, Kalamata compte aujourd’hui environ 45000 habitants. Venus de Patras, les Francs occupèrent la ville ainsi que le delta messénien dès 1206 et ils n’en partirent que deux siècles plus tard. Geoffroy Ier de Villehardouin devenu prince de Morée fit construire en 1210 le château qui vit naître en ses tours huit ans plus tard Guillaume de Villehardouin (il y mourut en  1278). Ce dernier y tint une cour prestigieuse aux côtés de son épouse grecque Anne Ange-Comnène, et en 1248, il y rassembla une armée de 400 chevaliers français qui se joignirent à la 7e croisade de Saint Louis.

Bâti sur un piton isolé où s’élevait une acropole antique, le château abritait une église et des habitations mais il n’en reste aujourd’hui que quelques vestiges dont le donjon du XIIIe siècle et les rajouts effectués par les Vénitiens.

Un peu plus à l’Est, Guillaume de Villehardouin fit édifier en 1249 une forteresse sur les hauteurs du village de Mystra, décrite dans la Chronique de Morée  « comme un château fort superbe, une place forte imprenable ». Les fortifications abritaient des habitations, tours, cours et entrepôts et permettaient d’assurer aux Francs le contrôle de la région en raison notamment de la vue qui depuis le site embrasse toute la plaine de Sparte. Les vestiges de la porte voûtée, des tours, des citernes souterraines sont encore visibles.

Un an après, en 1250, Guillaume de Villehardouin fit de même à Porto Kaghio, petite localité de l’extrémité sud du Magne. L’emplacement exact du château de Mani est sujet à débat tant les ruines sont éparses et difficilement identifiables. Tout comme la forteresse de Mystra, Guillaume dut abandonner le château de Mani aux Byzantins de Michel VIII Paléologue en 1259.

A une petite trentaine de kilomètres au Sud-Est de Mystra se trouve le château de Geraki que fit construire Jean de Nivelet, fils de Guy de Nivelet, un proche des Villehardouin. Sa composition est d’ailleurs sensiblement analogue à celle du fort de Mystra. Des remparts élevés cantonnés par de puissantes tours ainsi que de vastes citernes permettaient aux châtelins de survivre à des sièges durables.  

A Kiparissia comme à Mystra, l’Antiquité a cédé la place au Moyen Age puisque c’est également sur les ruines d’une acropole que Guillaume de Villehardouin construisit un autre de ses fiefs. Le château surplombe la mer et permettait de repérer tout arrivée depuis Zante jusqu’aux îles Strofades.

Si les fondations du château franc de Nauplie (dans l’Est de la presqu’île) ont été réutilisées en totalité pour la construction du fort Palamède, pour ce qui concerne Argos en revanche, les ruines de la place forte franque demeurent et surplombent toute la plaine jusqu’à la mer.  

En plein cœur du Péloponnèse à l’Ouest de Tripoli, le village perché de Karitena ne compte guère plus de deux cent cinquante habitants. La localité fut cependant l’une des plus puissantes baronnies de la principauté franque de Morée. La famille de Bruyères s’établit dans ce site propice de par sa position pour surveiller la sortie des gorges de l’Alphée. C’est en 1254 que Geoffroy de Bruyères ajouta la forteresse au-dessus du bourg à 583 mètres d’altitude. De l’enceinte triangulaire renforcée de tours, il ne reste à présent que la demeure seigneuriale, les citernes et quelques souterrains.