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Les croisades |
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Le Schisme des Eglises d'Orient et d'Occident D’une rivalité entre les deux pôles hérités de l’empire romain et d’une querelle théologique découlèrent des épisodes historiques pour le moins difficiles à oublier. Au Moyen-Age, le Pro Flacco de Cicéron était cité pour justifier l’antipathie des Romains à l’encontre des perfides Grecs. Ce texte xénophobe pouvait cautionner un certain mépris, mais l’origine du conflit tenait d’abord à la rivalité entre Constantinople et Rome dans la revendication de l’héritage impérial et donc du projet « universaliste » de leur Eglise. Les deux Eglises, pour des questions linguistiques et culturelles se connaissaient mal. Les divergences portaient à la fois sur les terrains de la [théologie], de la liturgie et de la discipline canonique. Sur ces deux terrains, les divergences étaient les plus patentes et les conflits les plus virulents. Le texte du « credo » à Rome intégrait une formule qu’y était rejetée à Constantinople . A Constantinople, on usait du pain fermenté pour la communion et du pain azyme à Rome. A Rome, s’affirmait l’obligation du célibat ecclésiastique, non à Constantinople. Et pour démêler les querelles, quelles juridictions, quelles autorités quels conciles reconnaître ? Un premier schisme eut lieu avec Photius (863-867), mais le schisme définitif entre les Chrétiens d’orient et d’Occident eut lieu en 1054, à la suite d’un conflit de personnes entre le légat du pape et Michel Cérulaire. La querelle théologique du filioque, une querelle de vocabulaire religieux entre chrétiens d’orient et Romains, entre Grecs et latins, n’a pas depuis été résolue malgré les tentatives pour restaurer l’union des Eglises. Aussi quand il fallut pour combattre les infidèles mahométans passer sur les terres des schismatiques, les scrupules des Croisés furent limités. Les empereurs byzantins le comprirent qui firent tout leur possible pour détourner cette nouvelle menace. L’image la plus profonde enfouie dans la mémoire
des chrétiens orthodoxes pourrait être celle de Croisés utilisant
le prétexte de la défense de la Sainte-Croix pour piller les richesses
de l’empire chrétien d’Orient.
Les Croisades 1095 : la première des huit croisades menées au Moyen-Age fut lancée par le Pape URBAIN II à l'occasion de la clôture du Concile de Plaisance, aux chrétiens d'Occident pour délivrer leurs frères d'Orient, alors menacés par les Turcs Seljoucides. Mais ces derniers n’étaient pas les seuls à vouloir étendre leur influence sur la bassin oriental de la Méditerranée : les Normands installés en Sicile et affamés de terres et les Vénitiens d’étendre leur marché. La bande inorganisée de pauvres et de chevaliers qui traversa l’Europe sous la conduite Pierre l’Ermite et Gautier Sans Avoir, attirée par l'espoir d'une vie meilleure à Jérusalem, vivait de pillages. Ils traversèrent Castoria, Salonique et s’arrêtèrent devant Constantinople d’où l’empereur Alexis I Comnène s’empressa de les faire passer en Asie où les Turcs en exterminèrent un grand nombre (Nicée). L’action des croisés, devenus vassaux de l’empereur grec, fut finalement victorieuse à Nicée, Antioche, Edesse et Jérusalem. Ils constituèrent alors sur le modèle féodal et occidental des principautés latines sur ces terres. Lors de la deuxième croisade, justifiée par les attaques turques contre ces principautés, l’empereur Manuel Comnène renforça les fortifications de Constantinople tout en assurant le passage rapide des Croisés en Asie. La méfiance régnait toujours et l’empereur byzantin veillait à faire respecter aux seigneurs latins sa suzeraineté, parfois brutalement. L’empereur Isaac Ange veilla aussi à ce que la troisième croisade ne fût pas un danger pour lui. Cette croisade fut un échec. L’empereur germanique Frédéric Barberousse mourut noyé, les rois de France et d’Angleterre, Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion repartirent sans reprendre Jérusalem. De cet échec, certains en Occident rendirent la « duplicité byzantine » responsable. Mais les empereurs byzantins avaient quelque bonnes raisons de se défier de Croisés qui venaient certes lutter contre l’Infidèle mais aussi se doter de nouvelles terres. 1198 : la quatrième croisade fut menée à l'initiative du Pape Innocent III. Le chef kurde Saladin s'était en effet emparé de Jérusalem, de la Judée, de la Galilée et d'une partie de la principauté d'Antioche en 1187. Dès son avènement en janvier 1198, le Pape adressait aux catholiques de France, d'Angleterre et de Sicile un appel à la croisade. Les fidèles de France furent les plus nombreux à y répondre, sous l'impulsion tout d'abord de Thibaud III, Comte de Champagne, puis, à la mort de ce dernier, du Duc Boniface de Montferrat. Quoique seigneur italien, il devint chef de la croisade française avec l’appui fort intéressé de Venise. Le doge Dandolo fit payer l’usage de la flotte et accepta la manœuvre qui devait détourner les Croisés de leur objectif initial, l’Egypte, de laquelle dépendait la Palestine, et obtenir le rétablissement du fils d’Isaac II Ange détrôné par Alexis III ; le jeune Alexis Ange était parent de l’empereur germanique Philippe de Souabe, qui pensait ainsi imposer son influence. Ce rétablissement fut gagné par les armes après la prise d’assaut de Constantinople en juillet 1203. Mais les Grecs se révoltèrent contre de nouveaux souverains trop inféodés aux latins et au pape. Cette fois, les Croisés décidèrent de reprendre la ville pour leur propre compte. Le siège de la ville et son sac qui dura trois jours après l’assaut du 13 avril 1204 allait marquer à tout jamais la mémoire des Grecs par sa brutalité et ses conséquences. Les Croisés se partagèrent un butin immense qu’ils dispersèrent à travers toute l’Europe et les dépouilles de l'Empire byzantin. Déjà miné par les attaques turques et bulgares, l'Empire n'eut pas la force de se défendre contre les Croisés vénitiens, flamands, normands et français. L'aboutissement de celle-ci, inspirée par l'Empereur de Nicée Théodore 1er Lascaris, fut la reconquête de Byzance en 1261 par Michel Paléologue, dernier Empereur de Nicée qui régna de 1261 à 1282. Mais les principautés latines connurent des destins particuliers. Lors du partage de l'Empire byzantin [carte], les Vénitiens obtinrent une grande part des territoires, tandis que les Flamands et les Français recevaient de moindres étendues. L'Empire vénitien dura le plus longtemps, regroupant l'île d'Eubée, les îles Ioniennes, la Crète et divers ports. Quant aux territoires cédés aux Français, le plus important fut celui détenu par Othon de La Roche, Marquis originaire de Bourgogne [bio et photos de la tour sur l’Acropole]. Il se composait de l'Attique, l'Acropole servant de Palais à son seigneur, et la principauté de Morée, conquise par Geoffroy de Villehardouin (1148-1213) et Guillaume de Champlitte [sa Chronique]. 1246-1270 : La principauté franque de Morée : Cette principauté fut d'ailleurs l'Etat franc le plus étendu après la possession vénitienne. La Morée, ou principauté d'Achaïe, connut son apogée de 1246 à 1270, sous l'autorité de Guillaume de Villehardouin, alors que l'Empire latin de Constantinople était en pleine décadence. La Morée recouvrait alors tout le Péloponnèse, la Grèce centrale, les Cyclades. Mais elle devait passer sous suzeraineté des Angevins de Naples à la suite du Traité du 27 mai 1267 entre Charles d'Anjou et Baudouin II. Cet accord visait à mettre au service de ce dernier 200 000 hommes pour l'aider à recouvrer l'Empire de Constantinople en échange entre autres de la cession de la suzeraineté de la Morée. La principauté était réputée pour l'éclat de la cour d'Andravida, dont le port fut créé par les Français. Cependant, que ce soit à Byzance ou en Morée, les échanges entre Grecs et Francs restèrent rares. L'art byzantin eut peu d'impact sur les bâtisseurs francs qui, par les forteresses et les églises, reproduisaient le système architectural occidental. L’architecture franque peut être aujourd’hui encore retrouvée dans le Péloponnèse et l’art byzantin en France connut aussi des répliques en France. Les nobles suivaient un mode de vie semblable à celui d'origine, chevaleresque. Les paysans avaient un contact direct avec l'occupant seulement par le prélèvement des impôts, identiques à ceux exigés auparavant par l'Empereur byzantin. Il y eut donc principalement mainmise de la féodalité franque sur ces territoires conquis. Les nobles imposèrent un régime féodal. Les paysans avaient un contact direct avec l'occupant seulement par le prélèvement des impôts, identiques à ceux exigés auparavant par l'Empereur byzantin.
L'impossible union des deux Eglises
La chute de Constantinople en 1453 mit un terme à ce rapprochement et laissa les plaies de ces conflits des deux Eglises très sensibles. De la première rencontre entre Grecs et Francs, au demeurant éphémère, il est difficile d’apprécier les empreintes dans la vie quotidienne et la culture byzantines. L’incompréhension entre les langues, les religions, l'opposition grecque à l'occupation franque, la condamnation de l’hérésie orthodoxe, la réputation de duplicité faite aux empereurs byzantins ont plus favorisé des représentations négatives de l’autre que l’intérêt et l’attrait. Le fait que La Métaphysique d'Aristote fût lue à l'Université de Paris après avoir été traduite en latin, le fait que le moyen-âge occidental réunît les éléments épars d’une tradition que la renaissance magnifia, n’a pas dissipé jusqu’aujourd’hui la rémanence d’une représentation négative de l’Occident catholique ou de l’orthodoxie grecque dans les mémoires. Le roman historique Isabeau de – publié en – fournit une illustration de cette appropriation du passé pour des finalités politiques (extrait). |