Auteur:

Jean JOUBERT

Titre:

Le Pays hors du monde

Editeur:

L'Ecole des Loisirs - Medium poche

Année de parution:

1991

Nombre de pages:

238


Résumé | Kommentar

    Dans la Fraterie, une région isolée de lacs et de forêts au nord de la république de Valdagne, rien n'a changé depuis des siècles. Ses habitants, paysans, artisans et bergers, continuent de vivre au rythme du cheval et de la lampe à l'huile. Pourtant la découverte de riches gisements de minerai au nord de la république amène le Sud industrialisé à construire une route nécessaire à leur exploitation et qui passera par la Fraterie en violation du traité qui garantit l'autonomie et l'intégrité du territoire de la Fraterie. Cette menace de son mode de vie divise la population, une minorité étant tentée par la civilisation moderne. La haine qui existe entre les familles des Lasko et des Matéja pour des histoires obscures en est attisée, mettant face à face Andréas Lasko, traditionaliste, le Maître Elu des Sages, qui gouvernent la Fraterie, et Markus Matéja, le chef de file acharné des opposants. Ces développements compliquent d'avantage la situation de Mara, fils d'Andréas Lasko, et de Nadège, fille de Markus, qui s'aiment, mais doivent cacher leur passion. Quand la route s'approche de la Fraterie, les Sages font porter à Mara un message au Président de la république. Bien que les partisans de la construction de la route, politiciens, banquiers, militaires corrompus, essaient tout pour faire arrêter Mara, celui-ci réussit à voir le Président, dont les promesses d'aide s'avèrent vaines. Lorsque la machine géante pénètre le territoire de la Fraterie, toute la population se met en marche pour l'affronter pacifiquement. Les soldats protégeant le chantier tirent des grenades lacrymogènes et blessent grièvement Markus Matéja. Tout à coup la terre se met à trembler et Oulane-Trabuck, le mystérieux Esprit de la terre et de la nuit, apparaît détruisant la grande machine et le tronçon de route qui dépasse la frontière. Le Président réussit à réaffirmer son pouvoir et décide que la route contournera la Fraterie. Il visite la Fraterie exposant son projet aux Sages, qui, malgré des réserves, y consentent. Il amène Markus Matéja pour le faire soigner dans un hôpital de la capitale. Mara avoue à son père son amour pour Nadège. Andréas et Markus, dont la relation va en s'améliorant, se mettent d'accord à marier leurs enfants. La vie dans la Fraterie se met peu à peu à changer. Le nouveau village au bord de la route, construit pour loger les ouvriers, est comme une vitrine où l'on peut montrer ce qu'il y a du mieux dans le Sud. Les habitants de la Fraterie commencent à troquer des fourrures contre toutes sortes d'objets modernes. Mara et Nadège se marieront en avril. Chaque mois, au moment de la pleine lune, la foule descend vers le lac Noir, mais Oulane-Trabuck n'apparaît plus.

     Dans Le pays hors du monde Jean Joubert reprend un sujet qui lui est cher: le conflit entre la tradition et la modernité, sujet déjà traité dans L'Homme de sable, dont, d'après lui, l'épuisement en édition livre de poche l'a amené à écrire Le pays hors du monde, destiné à un public d'adolescents. Tandis que dans L'Homme de sable Joubert décrit l'échec total de la civilisation moderne face aux forces traditionalistes, il présente une position plus modérée et plus distancée face aux valeurs traditionalistes dans Le pays hors du monde, suite aux actions violentes et à l'intransigeance des mouvements intégristes partout dans le monde: «Il y a deux fins possibles: la construction de la route à travers la Fraterie, l'abandon de la construction. Ma solution est ambiguë, elle n'est pas tranchée. Vivre uniquement dans la tradition, c'est perdre beaucoup de la vie. Les jeunes Amish aiment bien profiter de la vie agréable de la ville. L'Homme de Sable est du côté de la tradition. Il y a eu une évolution: le danger du traditionalisme qui conduit à l'intolérance, à un nouveau fascisme, voir Bardik qui est sourd.» [Rencontre avec Jean Joubert le 2 décembre 1994 à Essen]. «Je crois en l'importance capitale du livre et de la lecture. Je condamne leur absence dans la Fraterie.» [Lettre de Jean Joubert du 17 janvier 1998].
     A ce sujet se mêlent l'amour, l'aventure, le fantastique et le mystérieux. L'histoire de Mara et de Nadège ressemble fort à celle de Roméo et Juliette, moins le tragique. Bien sûr, cette trame de l'action n'est pas détachée du sujet central. Nadège reflétant les convictions de son père aime le confort qu'apporte le progrès technique et scientifique, Mara penchant plutôt du côté de son père préfère vivre selon les valeurs traditionnelles de la Fraterie. L'emplacement de leur maison qui sera construite à mi-chemin entre les fermes de leurs pères n'est certainement pas sans signification symbolique.
     Le voyage de Mara de la Fraterie à Brodsk, la capitale de la république de Valdagne, tient du roman d'aventure et du roman d'apprentissage. Mara vainc maints dangers. Il fait la connaissance du bien et du mal, de l'hostilité et de l'hospitalité. Sur le chemin vers le Sud et à Brodsk, il découvre de nouveaux mondes déconcertants, parfois hostiles et menaçants.
     Le fantastique et le mystérieux s'avoisine à la science-fiction. Oulane-Trabuck, l'Esprit de la terre et de la nuit, pourrait figurer dans le film de Spielberg Les dinosaures ou être le frère de Nessie de Loch Ness. Ce monstre-dieu, dont le nom se compose de la première partie du nom de la capitale de la Mongolie, Oulan-Bator, et du nom d'une grotte au nord de Montpellier, Trabuck, sort d'un rêve de l'auteur, dans lequel il voyait un lac circulaire. De l'eau sortait un dôme comme un sous-marin gigantesque avec des yeux d'où sortait un grand éclat [rencontre avec Jean Joubert le 2 décembre 1994 à Essen].


Biographie de l'auteur:

    Jean Joubert est né près de Montargis (Loiret) en 1928. Après des études à la Sorbonne il a longuement séjourné en Angleterre, en Allemagne et aux Etats-Unis. En 1954, il est reçu à l'agrégation d'anglais et nommé professeur au lycée de Montpellier. De 1962 à 1988 il enseigne la littérature américaine à l'Université Paul Valéry de Montpellier. Depuis il se consacre uniquement à son travail de poète et de romancier. Il vit avec sa famille dans le village de Guzargues, à une quinzaine de kilomètres au nord de Montpellier. Jean Joubert a obtenu plusieurs prix littéraires: en 1975, le Prix Renaudot pour son roman L'Homme de sable, en 1978, le Prix de l'Académie Mallarmé pour Les Poèmes:1955-1975, et en 1988, pour Les enfants de Noé, le prix de la Fondation de France pour le meilleur roman pour la jeunesse.


 

Einsatzmöglichkeiten im Unterricht

    Der Roman eignet sich zur Behandlung einer ersten langen Ganzschrift in der Jahrgangsstufe 12für einen Leistungskurs, in der Jahrgangsstufe 13 für einen Grundkurs. Sein sprachliches Niveau ist in den beschreibenden Passagen anspruchsvoll, in den häufigen Dialogen von Lexik und Satzstruktur gut verständlich. Im Rahmen des gemeinsamen "Einlesens" empfiehlt es sich, die unbekannte Lexik in Sachfeldern bzw. thematisch-syntagmatischen Inventaren zusammenzustellen.

     Sinnvoll ist eine vorwiegend problemorientierte Behandlung von Le pays hors du monde, in Hinblick auf die aktuelle Thematik der Infragestellung des technisch-wissenschaftlichen Fortschritts und der Kritik der politischen und wirtschaftlichen Institutionen, sowie auch die Liebesgeschichte von Mara und Nadège. Die gemeinsame Erstellung eines Arbeitsplans mit entsprechenden Hinweisen für die selbständige Lektüre des ganzen Romans oder von jeweils mehreren Romankapiteln ermöglicht eine schülerorientierte Erarbeitung (Referate in Partnerarbeit, Expertengruppen).

     Anhand von Le pays du monde läßt sich in die elementare Romananalyse (traditionelle Textanalyse, reflexive Textrezeption) einführen aufgrund seiner grundsätzlich kontrastiven Struktur: Tradition-Fortschritt, Übernatürliches- Rationalität, Nord-Süd, Land-Stadt, mit Einschränkungen Gut-Böse. In dieser Polarität lassen sich analysieren
     - die Charaktere und ihre jeweilige Funktion, die Figurenkonstellation,
     - Ort, Zeit und Atmosphäre der Handlung, ihre Funktion und symbolische Bedeutung,
     - Handlung, Handlungsstränge, Erzählperspektive, Erzeugung von Spannung,
     - der variierte Stil: pittoresk, idyllisch und bildhaft mit dominantem Wortschatz aus dem Bereich Natur und Landwirtschaft in der Beschreibung des Lebens in der Fraterie; lyrisch und emotional, wenn es um die Liebe zwischen Mara und Nadège geht; technisch präzise und metaphorisch bei der Darstellung der Straßenbaumaschine; bestimmt einerseits durch negative Wortwahl bei der Charakterisierung der Lebenswelt des Südens, andererseits durch neutrale Beschreibung des technischen Fortschritts; meist einfacher Satzbau in den Dialogen, komplexe Syntax in den präzisen und detaillierten Beschreibungen.

     Der Roman bietet auch vielfältige Möglichkeiten handlungs- und produktionsorientierten Vorgehens,
     - lektürevorbereitend: Assoziationen zum Titel; Versprachlichung und Kommentierung thematisch/stimmungsmäßig zum Titel, zum Roman passender Bilder und Photos (z. B. der Amish people); Verfassen einer kurzen Geschichte, auch in Form eines Résumés, zum Titel, zum Romananfang;
     - lektürebegleitend: Dokumentieren und Umsetzen des 1. Leseeindrucks durch die Auswahl von Textstellen, Wahl von Bildern oder Photos, durch Kommentare, durch szenische Interpretation, darstellendes Lesen von Schlüsselpassagen (aus Schülersicht), durch Transformation kürzerer Textpassagen in Szenen, Gedichte, faits divers (z.B. die Zerstörung der Baustelle, die Änderung der Trassenführung der Straße);
     - lektürefortführend: Darstellung der Ereignisse aus der Sicht von Nadège (Tagebuch), Verfassen eines Drehbuchs oder eines Hörspiels, alternatives Fortführen des Romans vom Augenblick der Verletzung von Markus Matéja/ nach der Zerstörung der Straßenbaumaschine durch Oulane-Trabuck, Zeitungsartikel über die Bewohner der Fraterie aus der Sicht eines Journalisten der Hauptstadt Brodsk, Verfassen eines illustrierten Klappentextes, Erstellen einer Wandzeitung/Dokumentation mit den im Verlaufe der Behandlung des Romans erstellten Schülerprodukte.

     Mit Auszügen aus L'Homme de sable, Les sabots rouges (Parallele Virgile - Oncle Georges) und Les enfants de Noë kann die zentrale Thematik des Romans erweitert werden.

Zur Aktualisierung der Thematik bieten sich Zeitungs- und Magazinartikel über Umweltkatastrophen an (z.B. «Incendies. Le grand gâchis» L'EXPRESS 23/10/97 [pp.50-53].

Im Rahmen fächerübergreifenden Unterrichts ist ein Vergleich mit Romeo und Julia von Shakespeare denkbar, im Sinne der Medienschulung auch anhand einer Verfilmung. Themenähnliche englischsprachige Romane ließen sich in Form von Referaten ebenfalls integrieren wie auch die Problematik des technisch-wissenschaftlichen Fortschritts aus naturwissenschaftlicher Sicht.


Auszug aus dem Roman:

    Dans un long couloir où les pas résonnent, l'huissier précède Mara qu'intimident, accrochés aux murs dans des cadres dorés, des portraits de vieillards sévères, dont les regards le fixent. Une porte s'ouvre, dont il franchit le seuil, le cœur battant. «Courage! se dit-il. Après tant d'épreuves, tu vas enfin pouvoir accomplir ta mission!» Brièvement, il pense à son père et à Nadège.
     Par bonheur l'homme qui est assis derrière son bureau, au fond de la pièce, et qui vers lui tourne son visage, a une expression beaucoup moins austère que les vieillards des tableaux. On y devine à la fois la bienveillance et la tristesse, de telle sorte que Mara sent aussitôt ses craintes s'effacer.
     Il s'incline et salue le Président, qui aussitôt le prie de s'approcher.
     - On me dit que vous venez de la Fraterie.
     - En effet, Monsieur le Président; et je dois vous remettre un message dont m'a chargé mon père, Andréas Lasko, Maître de l'assemblée des Sages.
     Et de sa main baguée il tend l'enveloppe.
     - Mon père m'a dit que cette bague, qu'il m'a confiée, serait mon passeport.
     Songeur, le Président regarde les yeux verts, et il se souvient que, parmi les objets légués par son ancêtre et qui se sont transmis de génération en génération, figure non pas une bague mais un couteau, dont le manche est orné d'un emblème identique.
     Ce jeune homme, debout devant lui, avec son beau visage et son corps robuste que l'on sent à l'étroit dans les vêtements modernes, ne ressemble- t- il pas à l'autre jeune homme qui, quelques siècles plus tôt, traversa la steppe à cheval, à vrai dire dans un tout autre dessein? Tandis qu'il prend l'enveloppe et rompt le sceau de cire, le Président s 'émeut de cette coïncidence.
     - Vous êtes venu à cheval? demande-t-il.
     - Oui, à cheval.
     - C'est un très long voyage!
     - Nous ne voyageons pas autrement.
     - Prenez donc un siège, dit-il, en désignant un fauteuil, sur lequel Mara s'assoit, du bout des fesses, les mains posées sur ses genoux. Là, il observe avec inquiétude le Président qui lit le message, et dont les traits restent impassibles. Seuls parfois ses doigts perceptiblement se crispent.
     Le Président est consterné, mais bien sûr il n'en montrera rien. Une fois de plus on l'a trompé. Les négociations qu'il avait exigées ont été retardées pour des raisons qui ne lui semblent que trop évidentes: on a voulu mettre ces gens devant le fait accompli. Il aurait dû s'en aviser plus tôt, se méfier du Général-Ministre, et des autres, mais il ne peut avoir la tête partout. « Dès le départ de ce jeune homme, se dit-il, je téléphonerai aux responsables pour exiger des précisions, j'ordonnerai, si c'est nécessaire, la suspension des travaux. Ils verront qui je suis!»
     Il regarde le bouleau dont le feuillage est maintenant immobile, puis le visage anxieux de Mara.
    - Je ne connais pas personnellement votre père, dit-il, mais ce que j'en sais m'inspire la plus grande estime. Je suis très attentif à cette histoire de route. Elle est complexe, très complexe... Je souhaite que l'on respecte les traditions de la Fraterie... J'y veillerai. C'est ce que je vais répondre à votre père. Veuillez patienter un instant.
     Le Président écrit; parfois il s'arrête pour réfléchir, sa main reste un instant suspendue, puis la plume à nouveau court sur le papier. Dans le silence de la pièce, Mara s'est figé: comme une roche, comme un arbre. Enfin le Président se lève et cachette l'enveloppe, qu'il lui tend.
     - Voici ma réponse à votre père et aux Sages. Je vous la confie. Comment vous appelez-vous?
     - Mara.
     - Eh bien, Mara Lasko, je vous souhaite bon voyage. Prenez aussi ce sauf- conduit, qui facilitera votre retour. Vous n'en aurez sans doute pas besoin, mais qui sait? on fait parfois d'étranges rencontres.
     Mara s'incline, remercie; il sent qu'il devrait parler, mais les mots se nouent dans sa gorge; puis soudain il dit, du fond du cœur:
     - Je vous en prie, aidez-nous, protégez-nous!
     - J'y veillerai, dit le Président, et, d'une main un peu molle, il serre la main de Mara.
     Dans le couloir où l'huissier précède Mara, on a baissé les rideaux, de telle sorte que les portraits sont maintenant plongés dans la pénombre, mais leurs yeux luisent étrangement, comme ceux des bêtes, les nuits d'affût, dans la forêt.

Jean Joubert, Le pays hors du monde
(pages 142-145)

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