Auteur:

Didier Daeninckx

Titre:

La mort n'oublie personne

Editeur:

Folio 2167

Année de parution:

1989

Nombre de pages:

190


Résumé

     Au centre du roman se trouve le récit de la vie de Jean Ricouart, né en 1927, très jeune membre de la Résistance à partir de mai 1944, arrêté à la suite d'une opération où il participe à l'exécution de collaborateurs. Déporté en Allemagne dans un camps de concentration, libéré par un régiment mongol puis transféré en Ukraine, il regagne son village dans le Pas-de-Calais en février 1946. Il y retrouve son premier amour, Marie, la fille d'un résistant qui l'avait caché après un attentat contre les Allemands, et dont il n'a cessé de rêver en captivité. Leur bonheur ne dure pas longtemps, car Jean est arrêté peu après leur nuit de noces. Il est condamné à sept ans de prison pour complicité de meurtre dans l'affaire pour laquelle il avait été déporté en Allemagne, cette fois-ci par un juge de la République qui pense ainsi effacer son passé de collaborateur et se venger de la Résistance.

     Cette histoire est relatée par un journaliste en 1988, qui interroge Jean Ricouart chez lui et enregistre son récit en plusieurs sessions. Le narrateur, qui enquête sur la Résistance, a une double motivation : ami de jeunesse de Lucien Ricouart, fils unique de Jean et de Marie, il cherche le témoignage de vrais résistants dont il sait que beaucoup n'ont pas été reconnus officiellement ou ont même été poursuivis après la Libération, tout en essayant de faire la lumière sur la mort de son camarade Lucien.

     En effet, en mars 1963, au lycée professionnel de Blavaincourt, Lucien, né en 1948, se fait traiter à plusieurs reprises et de manière violente de "fils d'assassins". Il ne supporte pas, se sauve de l'établissement et meurt pendant sa fugue. Mort accidentelle, comme le veut la version officielle, suicide ou meurtre, la question pour le narrateur reste toujours celle des responsabilités historiques ou sociales.

L'intérêt du roman réside en grande partie dans l'enchevêtrement des trois niveaux temporels: 1988, 1963, 1944-47. Les aller-retour, le changement de narrateur - car les épisodes récités des années de guerre et de l'après-guerre immédiate sont "enregistrés", donc racontés par Jean Ricouart - donnent d'abord une sorte de vertige, mais créent un tel suspense et une telle présence des principaux personnages qu'après avoir lu les premiers des dix chapitres le lecteur est pris dans l'inextricable jeu des vérités individuelles, de la douleur infligée par la perte d'êtres aimés, de l'engrenage de la violence que le doute installe sur le bien-fondé de certaines catégories du bien et du mal d'une époque trouble non encore révolue aujourd'hui. Lorsque dans l'épilogue qui est daté d'avril 1988, après avoir terminé le récit de sa vie, Jean Ricouart, l'ancien résistant âgé maintenant de 61 ans, décide de tuer un ex-collaborateur centenaire lors d'une cérémonie de remise de médaille pour venger toutes les injustices qu'il a subies et surtout la mort de son fils, la sympathie et la compréhension du lecteur lui sont acquises. La lecture des faits historiques de cette période et ses incidences sur le présent peut prendre ainsi un tout autre sens.

 

Biographie

Didier Daeninckx
     - né en 1949 à Saint-Denis.
     - entre 1966 et 1982, imprimeur, animateur culturel, journaliste localier, profite d'une période de chômage pour commencer à écrire, entres autres plusieurs romans dans la Série Noire.
     -est reconnu aujourd'hui comme un des principaux auteurs de la nouvelle génération.

 

Einsatzmöglichkeiten im Unterricht

    Die Lektüre und Behandlung des Romans als Ganzschrift oder in Auszügen in Französischkursen der 12. oder 13. Jahrgangsstufe (Grund- und Leistungskurse) erscheint unter mehreren Aspekten sehr sinnvoll:

1. Das sprachliche Niveau ist anspruchsvoll, bis auf wenige vor allem deskriptive Passagen aber insgesamt gut verständlich (relativ häufig langage parlé, nur teilweise mit français familier).

2. Das Thema ist äußerst aktuell: Afarbeitung Résistance/Collaboration in Frankreich (Procès Papon; gemeinsame deutsch-französische Geschichte (hier besonders das zweite Kapitel, das Attentat auf einen deutschen Soldaten); die Diskussion um Widerstandsbewegungen und allgemein Widerstand gegen die Staatsgewalt.

3. Durch seine existentielle Fragestellung nach Gut und Böse, Moral und Unmoral, Gerechtigkeit und Ungerechtigkeit bietet der Roman Möglichkeiten des Vergleichs etwa mit «La condition humaine» von André Malraux (la mystique du terrorisme), "Vol de nuit" von Saint-Exupéry oder "l'Etranger" von Camus.

4. Eine formale Analyse erscheint durch die Fragmentierung der Darstellungsweise und die verschiedenen Perspektiven ergiebig und für Schüler einleuchtend. Narrative Textpassagen, Interviewsequenzen und stellenweise szenische Einschübe ermöglichen eine differenzierte Analyse, die die schüler nicht überfordern dürfte.

5. Auch kreative Ansatze bieten sich an: So könnte das Leben Luciens, des Sohnes, "erfunden" werden, der im ersten Kapitel stirbt und von dem man indirekt erfährt, daß er die ersten Jahre allein von seiner Mutter Marie großgezogen wurde, da sein Vater Jean im Gefängnis saß. Die Person Maries könnte entwicklet werden, die nur im Hintergrund auftritt, deren Liebe Jean jedoch sowohl als jungem als auch als älterem Mann all seine Lebenskraft gibt (in seinem Abschiedsbrief schreibt er: "une seule chose survivra à tout ce gâchis: l'amour que j'ai pour toi", S.188. Interessant wäre hier die Festellung, daß es sich eigentlich um einen sehr "männlichen" Roman handelt). Einige Episoden ließen sich relativ einfach in Szenen umschreiben und spielen (die Reaktionen der Mitschüler und der Lehrer nach der Nachricht des Todes von Lucien 1963, Teile des Interviews mit Jean oder die Gerichtsverhandlung gegen ihn im Jahre 1946 zum Beispiel).

6. Nicht zuletzt enthält das Buch von Daeninckx einprägsame, atmosphärisch stimmige Beschreibungen mehrere Orte in der Region Nord-Pas-de-Calais in den vierziger Jahren und heute. An Gymnasien, wo ein Austausch mit Schüler dieser Region besteht, könnte man sich vorstellen, daß man Saint-Omer, Blavaincourt und Cauchel besucht, um auf den Spuren des Jean Ricouart zu wandeln und vor Ort ein Stück deutsch-französischer Vergangenheit zu suchen.

 

Auszug aus dem Roman:

    Je prends le magnétophone et en vérifie le fonctionnement pour me donner une contenance. Jean Ricouart a planté ses coudes sur la table et se tient la tête dans les mains.
     - Voilà. Ma résistance a pris fin ce jour-là. C'est tout ce que vouliez savoir ?
     Il affecte d'adopter un ton détaché.
     - Ou, je ne m'attendais pas à ça... Je suis bouleversé...
     J'ai envie de prolonger l'entretien, de profiter de la confiance qu'il me témoigne quand sa femme est absente. Je pourrais, si je trouve assez de courage, lui parler de son fils , Lucien Ricouart, de la grande grève des mineurs de mars 1963, mais j'ai peur de le braquer, de rompre le fil des confidences.
     - Qu'est devenu Gruwez ? Vous l'avez revu ?
     - Non, jamais... Il a sa rue à Carvin... A un moment, même les plus forts acceptaient l'idée de la mort... Et ils y passaient dans la journée.... Je crois qu'il s'est laissé glisser en queue quand nous marchions vers « l'hôpital » de Reiterberg. Il n'y croyait plus ou alors les raisons qui le faisaient vivre lui sont apparues moins importantes, accessoires... En prison, on connaît son avenir, son temps d'incarcération, on s'organise en humain retranché du monde ordinaire. A Schorfheide, à Reiterberg, le temps était aboli, la frontière entre le bien et le mal effacée.... On ne connaissait plus que la souffrance du corps, l'avilissement. Là-bas, il n'y avait pas de miroirs. On ne se voyait jamais. On en arrivait à fuir les mares d'eau pour éviter de rencontrer notre reflet. Si je m'étais vu une seule fois dans une glace, je ne serais sûrement pas ici à discuter de tout ça...ma vie tient peut-être à un reflet dans une vitre...
     Le jour commence à décliner. Il allume une petite lampe d'appoint. La lumière adoucie par l'abat-jour, fait briller ses yeux.
     - Ils m'envoient une pension, tous les trimestres, et ils croient qu'ils sont quittes! Comme si on pouvait rembourser l'horreur à crédit...
     - Les Russes vous ont rapatrié dès la fin de la guerre, en mai 1945 ?
     - Non, ils renvoyaient uniquement ceux qui tenaient debout, qui pouvaient supporter le voyage. J'étais à deux doigts de la mort. Tuberculose. Ils m'ont d'abord soigné sur place, dans un hôpital militaire de campagne puis ils m'ont transféré à l'arrière en Ukraine. Dès que j'ai eu assez de force, ils m'ont opéré du poumon gauche. J'étais sur pied en février 1946. Je suis rentré dans les tout derniers. Aucune de mes lettres n'étaient parvenues à destination... A Cauchel, tout le monde me croyait mort: j'ai même eu mon nom sur le monument, en face de al Caisse d'épargne, pendant au moins un an! Mon père a dû s'engueuler avec le maire pour le faire effacer. Je suis descendu du train à Lille puis un car m'a déposé sur la place du marché, en fin de matinée. Les gens faisaient la queue devant le boulanger, devant le charcutier en tapant le pied dans la neige. J'étais habillé comme un paysan ukrainien, un pantalon large pris en bas dans de grosses chaussettes, une chemise ample sous une grossière veste en peau de mouton. La bride d'une musette me barrait la poitrine. Un morceau de viande séchée, une gamelle, un quart et des couverts en fer-blanc, et un foulard noir, une pointe brodée de fleurs jaunes et rouges que je destinais à Marie. J'allai directement chez les Tourbier, cité Saint-Gilles. Le père de Marie n'avait pas changé, toujours aussi joufflu... Il m'ouvrit en mastiquant et une odeur de poulet rôti me creuse l'estomac. Il se tenait immobile, à part dans le mouvement des mâchoires, la main posée sur la poignée, les yeux ronds se demandant ce que pouvait bien signifier la présence d'un épouvantail soviétique sur le paillasson. Il me dévisagea. Ses traits s'affaissèrent. Il respira profondément.
     - Mon Dieu, c'est pas possible! C'est toi, Jean ?
     J'eus soudain envie de pleurer et ne trouvai que la force de remuer la tête. Je tombai dans ses bras en reniflant. Il me tapota dans le dos, embarrassé.
     - Rentre, ne reste pas dehors... On désespérait de te revoir un jour...
     Sa femme s'essuya les mains à son tablier. Elle m'embrasa en faisant claquer ses baisers contre mes joues.
     - Tes parents ont dû vivre le plus beau jour de leur vie.
     Je m'assis à table, les jambes coupées par l'émotion.

Didier Daeninckx, la mort n'oublie personne (chapitre 7, pages 130-132)

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