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Résumé
Au centre du roman se
trouve le récit de la vie de Jean Ricouart, né
en 1927, très jeune membre de la Résistance
à partir de mai 1944, arrêté à la
suite d'une opération où il participe à
l'exécution de collaborateurs. Déporté
en Allemagne dans un camps de concentration,
libéré par un régiment mongol puis
transféré en Ukraine, il regagne son village
dans le Pas-de-Calais en février 1946. Il y retrouve
son premier amour, Marie, la fille d'un résistant qui
l'avait caché après un attentat contre les
Allemands, et dont il n'a cessé de rêver en
captivité. Leur bonheur ne dure pas longtemps, car
Jean est arrêté peu après leur nuit de
noces. Il est condamné à sept ans de prison
pour complicité de meurtre dans l'affaire pour
laquelle il avait été déporté en
Allemagne, cette fois-ci par un juge de la République
qui pense ainsi effacer son passé de collaborateur et
se venger de la Résistance.
Cette histoire est
relatée par un journaliste en 1988, qui interroge
Jean Ricouart chez lui et enregistre son récit en
plusieurs sessions. Le narrateur, qui enquête sur la
Résistance, a une double motivation : ami de jeunesse
de Lucien Ricouart, fils unique de Jean et de Marie, il
cherche le témoignage de vrais résistants dont
il sait que beaucoup n'ont pas été reconnus
officiellement ou ont même été
poursuivis après la Libération, tout en
essayant de faire la lumière sur la mort de son
camarade Lucien.
En effet, en mars 1963, au
lycée professionnel de Blavaincourt, Lucien,
né en 1948, se fait traiter à plusieurs
reprises et de manière violente de "fils
d'assassins". Il ne supporte pas, se sauve de
l'établissement et meurt pendant sa fugue. Mort
accidentelle, comme le veut la version officielle, suicide
ou meurtre, la question pour le narrateur reste toujours
celle des responsabilités historiques ou
sociales.
L'intérêt du roman réside en grande
partie dans l'enchevêtrement des trois niveaux
temporels: 1988, 1963, 1944-47. Les aller-retour, le
changement de narrateur - car les épisodes
récités des années de guerre et de
l'après-guerre immédiate sont
"enregistrés", donc racontés par Jean Ricouart
- donnent d'abord une sorte de vertige, mais créent
un tel suspense et une telle présence des principaux
personnages qu'après avoir lu les premiers des dix
chapitres le lecteur est pris dans l'inextricable jeu des
vérités individuelles, de la douleur
infligée par la perte d'êtres aimés, de
l'engrenage de la violence que le doute installe sur le
bien-fondé de certaines catégories du bien et
du mal d'une époque trouble non encore révolue
aujourd'hui. Lorsque dans l'épilogue qui est
daté d'avril 1988, après avoir terminé
le récit de sa vie, Jean Ricouart, l'ancien
résistant âgé maintenant de 61 ans,
décide de tuer un ex-collaborateur centenaire lors
d'une cérémonie de remise de médaille
pour venger toutes les injustices qu'il a subies et surtout
la mort de son fils, la sympathie et la compréhension
du lecteur lui sont acquises. La lecture des faits
historiques de cette période et ses incidences sur le
présent peut prendre ainsi un tout autre sens.
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Einsatzmöglichkeiten im
Unterricht
Die Lektüre und
Behandlung des Romans als Ganzschrift oder in Auszügen
in Französischkursen der 12. oder 13. Jahrgangsstufe
(Grund- und Leistungskurse) erscheint unter mehreren
Aspekten sehr sinnvoll:
1. Das sprachliche Niveau ist anspruchsvoll, bis auf wenige
vor allem deskriptive Passagen aber insgesamt gut
verständlich (relativ häufig langage parlé,
nur teilweise mit français familier).
2. Das Thema ist äußerst aktuell: Afarbeitung
Résistance/Collaboration in Frankreich
(Procès Papon; gemeinsame
deutsch-französische Geschichte (hier besonders das
zweite Kapitel, das Attentat auf einen deutschen Soldaten);
die Diskussion um Widerstandsbewegungen und allgemein
Widerstand gegen die Staatsgewalt.
3. Durch seine existentielle Fragestellung nach Gut und
Böse, Moral und Unmoral, Gerechtigkeit und
Ungerechtigkeit bietet der Roman Möglichkeiten des
Vergleichs etwa mit «La condition humaine»
von André Malraux (la mystique du terrorisme),
"Vol de nuit" von Saint-Exupéry oder
"l'Etranger" von Camus.
4. Eine formale Analyse erscheint durch die Fragmentierung
der Darstellungsweise und die verschiedenen Perspektiven
ergiebig und für Schüler einleuchtend. Narrative
Textpassagen, Interviewsequenzen und stellenweise szenische
Einschübe ermöglichen eine differenzierte Analyse,
die die schüler nicht überfordern dürfte.
5. Auch kreative Ansatze bieten sich an: So könnte das
Leben Luciens, des Sohnes, "erfunden" werden, der im ersten
Kapitel stirbt und von dem man indirekt erfährt,
daß er die ersten Jahre allein von seiner Mutter Marie
großgezogen wurde, da sein Vater Jean im
Gefängnis saß. Die Person Maries könnte
entwicklet werden, die nur im Hintergrund auftritt, deren
Liebe Jean jedoch sowohl als jungem als auch als
älterem Mann all seine Lebenskraft gibt (in seinem
Abschiedsbrief schreibt er: "une seule chose survivra
à tout ce gâchis: l'amour que j'ai pour
toi", S.188. Interessant wäre hier die Festellung,
daß es sich eigentlich um einen sehr "männlichen"
Roman handelt). Einige Episoden ließen sich relativ
einfach in Szenen umschreiben und spielen (die Reaktionen
der Mitschüler und der Lehrer nach der Nachricht des
Todes von Lucien 1963, Teile des Interviews mit Jean oder
die Gerichtsverhandlung gegen ihn im Jahre 1946 zum
Beispiel).
6. Nicht zuletzt enthält das Buch von Daeninckx
einprägsame, atmosphärisch stimmige Beschreibungen
mehrere Orte in der Region Nord-Pas-de-Calais in den
vierziger Jahren und heute. An Gymnasien, wo ein Austausch
mit Schüler dieser Region besteht, könnte man sich
vorstellen, daß man Saint-Omer, Blavaincourt und
Cauchel besucht, um auf den Spuren des Jean Ricouart zu
wandeln und vor Ort ein Stück
deutsch-französischer Vergangenheit zu suchen.
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Auszug aus dem Roman:
Je prends le
magnétophone et en vérifie le fonctionnement
pour me donner une contenance. Jean Ricouart a planté
ses coudes sur la table et se tient la tête dans les
mains.
- Voilà. Ma
résistance a pris fin ce jour-là. C'est tout
ce que vouliez savoir ?
Il affecte d'adopter un ton
détaché.
- Ou, je ne m'attendais pas
à ça... Je suis bouleversé...
J'ai envie de prolonger
l'entretien, de profiter de la confiance qu'il me
témoigne quand sa femme est absente. Je pourrais, si
je trouve assez de courage, lui parler de son fils , Lucien
Ricouart, de la grande grève des mineurs de mars
1963, mais j'ai peur de le braquer, de rompre le fil des
confidences.
- Qu'est devenu Gruwez ?
Vous l'avez revu ?
- Non, jamais... Il a sa rue
à Carvin... A un moment, même les plus forts
acceptaient l'idée de la mort... Et ils y passaient
dans la journée.... Je crois qu'il s'est
laissé glisser en queue quand nous marchions vers
« l'hôpital » de Reiterberg. Il
n'y croyait plus ou alors les raisons qui le faisaient vivre
lui sont apparues moins importantes, accessoires... En
prison, on connaît son avenir, son temps
d'incarcération, on s'organise en humain
retranché du monde ordinaire. A Schorfheide, à
Reiterberg, le temps était aboli, la frontière
entre le bien et le mal effacée.... On ne connaissait
plus que la souffrance du corps, l'avilissement.
Là-bas, il n'y avait pas de miroirs. On ne se voyait
jamais. On en arrivait à fuir les mares d'eau pour
éviter de rencontrer notre reflet. Si je
m'étais vu une seule fois dans une glace, je ne
serais sûrement pas ici à discuter de tout
ça...ma vie tient peut-être à un reflet
dans une vitre...
Le jour commence à
décliner. Il allume une petite lampe d'appoint. La
lumière adoucie par l'abat-jour, fait briller ses
yeux.
- Ils m'envoient une
pension, tous les trimestres, et ils croient qu'ils sont
quittes! Comme si on pouvait rembourser l'horreur à
crédit...
- Les Russes vous ont
rapatrié dès la fin de la guerre, en mai 1945
?
- Non, ils renvoyaient
uniquement ceux qui tenaient debout, qui pouvaient supporter
le voyage. J'étais à deux doigts de la mort.
Tuberculose. Ils m'ont d'abord soigné sur place, dans
un hôpital militaire de campagne puis ils m'ont
transféré à l'arrière en
Ukraine. Dès que j'ai eu assez de force, ils m'ont
opéré du poumon gauche. J'étais sur
pied en février 1946. Je suis rentré dans les
tout derniers. Aucune de mes lettres n'étaient
parvenues à destination... A Cauchel, tout le monde
me croyait mort: j'ai même eu mon nom sur le monument,
en face de al Caisse d'épargne, pendant au moins un
an! Mon père a dû s'engueuler avec le maire
pour le faire effacer. Je suis descendu du train à
Lille puis un car m'a déposé sur la place du
marché, en fin de matinée. Les gens faisaient
la queue devant le boulanger, devant le charcutier en tapant
le pied dans la neige. J'étais habillé comme
un paysan ukrainien, un pantalon large pris en bas dans de
grosses chaussettes, une chemise ample sous une
grossière veste en peau de mouton. La bride d'une
musette me barrait la poitrine. Un morceau de viande
séchée, une gamelle, un quart et des couverts
en fer-blanc, et un foulard noir, une pointe brodée
de fleurs jaunes et rouges que je destinais à Marie.
J'allai directement chez les Tourbier, cité
Saint-Gilles. Le père de Marie n'avait pas
changé, toujours aussi joufflu... Il m'ouvrit en
mastiquant et une odeur de poulet rôti me creuse
l'estomac. Il se tenait immobile, à part dans le
mouvement des mâchoires, la main posée sur la
poignée, les yeux ronds se demandant ce que pouvait
bien signifier la présence d'un épouvantail
soviétique sur le paillasson. Il me dévisagea.
Ses traits s'affaissèrent. Il respira
profondément.
- Mon Dieu, c'est pas
possible! C'est toi, Jean ?
J'eus soudain envie de
pleurer et ne trouvai que la force de remuer la tête.
Je tombai dans ses bras en reniflant. Il me tapota dans le
dos, embarrassé.
- Rentre, ne reste pas
dehors... On désespérait de te revoir un
jour...
Sa femme s'essuya les mains
à son tablier. Elle m'embrasa en faisant claquer ses
baisers contre mes joues.
- Tes parents ont dû
vivre le plus beau jour de leur vie.
Je m'assis à table,
les jambes coupées par l'émotion.
Didier Daeninckx, la mort n'oublie
personne (chapitre 7, pages 130-132)
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