Auteur: 

Albert CAMUS 

Titre: 

Le premier homme 

Editeur: 

Gallimard, Cahiers Albert Camus 7 

Année de parution: 

1994 

Nombre de pages: 

336 (260 pages de roman, 70 pages d'Annexes

 

Résumé 

    Lorsque, le 4 janvier 1960, Camus trouve la mort dans la voiture de Gallimard, il a sur lui le manuscrit inachevé d'un roman intitulé Le premier homme: 144 pages écrites à la main, sans ponctuation, par endroits indéchiffrables, n'ayant pas encore trouvé leur forme définitive, qui, pourtant, devaient être, selon Camus, son roman le plus important. 34 ans plus tard, après la mort de sa mère et profitant de la renaissance de Camus, sa fille Catherine publie cette oeuvre posthume.

    Bien que le personnage principal s'appelle Jacques Cormery (le nom de sa grand-mère maternelle), le lecteur devine dès le début que c'est une oeuvre à traits autobiographiques. Le premier chapitre intitulé Recherche du père commence par le récit inoubliable de la naissance de Jacques, une nuit d'automne de 1913, dans un petit village près d'Alger où son père devait prendre la gérance d'un domaine. Quarante ans plus tard, le lecteur accompagne Jacques à Saint-Brieuc sur la tombe de son père qui, à peine installé dans son village algérien, dut partir à la guerre où il fut mortellement blessé en novembre 1914. Bouleversé par l'idée que «l'homme enterré sous cette dalle, et qui avait été son père, était plus jeune que lui », le narrateur en trace le portrait tout en reconstruisant d'une façon touchante la genèse des idées morales et philosophiques de son père, qui sont aussi celles de Camus: l'honneur et la justice qui sont la dignité du pauvre, même à la guerre et au-delà des différences.

    Dans de très belles pages, le narrateur fait revivre son enfance, dont on ne savait pas grand-chose, dans la rue de Lyon, à Alger, enfance marquée par une grande pauvreté qui impose des contraintes dans tous les domaines de la vie quotidienne, mais qui est vécue avec dignité. Sans père, le garçon est élevé plus par la grand-mère, une femme travailleuse, très dure et droite, que par la mère effacée et silencieuse qu'il aime d'un grand amour qui durera toute sa vie. Malgré ce dénuement, Jacques vit une enfance heureuse grâce aux plaisirs simples que procurent le soleil, la mer, le football et les copains. Conscient des talents du garçon, M. Bernard, son instituteur, persuade la grand-mère et la mère de consentir à l'énorme sacrifice d'envoyer Jacques au lycée. 

 

Kommentar 

    A la recherche de son père, Jacques a fait un retour dans son enfance, à ses origines, aux sources vives, au "royaume". C'est le sens du dernier chapitre intitulé Le fils ou le premier homme. Le premier homme est donc le roman autobiographique d'une enfance. Mais à la différence d'autres autobiographies de ce genre comme, par exemple, Les mots de Sartre ou Enfance de Sarraute, ce n'est pas le récit du passage de l'enfance à l'âge adulte, mais celui d'un retour, d'un retour à la chaleur de l'Algérie, au mystère de la pauvreté, à la simplicité, à l'innocence, bref, d'un retour au paradis, comme l'évoque son premier titre Adam.

    Ces pages écrites dans une très belle prose nous livrent la clé de la philosophie politique et des valeurs morales de Camus et elles nous révèlent les origines de presque tous les thèmes et motifs qui nous sont familiers dans son oeuvre. Elles nous montrent un Camus avide de vivre et en révolte contre la pauvreté et la mort. Par l'évocation de l'attachement des colons français à leur pays algérien et par la description des rapports entre les communautés arabe et française, elles nous font comprendre la position de Camus pendant la guerre d'Algérie et, dans une certaine mesure, la guerre civile ravageant l'Algérie depuis quelques années et dont les atrocités nous laissent bouche bée. 

 

Einsatzmöglichkeiten im Unterricht 

    Camus' Prosa in Le premier homme, die sich durch einen sehr reichen Wortschatz und über weite Strecken durch einen komplexen Satzbau auszeichnet, setzt bei den Schülern einige Leseerfahrung voraus. Auf Grund seines Umfanges, seiner Thematik, seines unvollendeten Charakters und der genannten sprachlichen Schwierigkeiten ist von einer Behandlung des Werkes als Ganzschrift abzuraten. Dagegen bietet sich in fortgesetzten Grund- und Leistungskursen (ab 12/2) eine Fülle von Auszügen unterschiedlicher Länge und unterschiedlicher Thematik aus allen Teilen des Werkes zur Lektüre, zur Interpretation bzw. zum Kommentar an.

    Zahlreiche Aspekte der im Französischunterricht "kanonisierten" Werke von Camus wie L'Etranger, La Peste, Les Justes, L'Hôte lassen sich durch Auszüge aus Le premier homme erweitern und vertiefen. Eine Unterrichtsreihe über das Verhältnis von Franzosen und Algeriern und den Algerienkrieg ist ohne Aussagen Camus' aus diesem Werk künftig kaum vorstellbar. Höchst aufschlußreich ist die Kontrastierung von Auszügen aus Le premier homme, Les Mots von Sartre und den Mémoires d'une jeune fille rangée von Simone de Beauvoir: Zwischen dem algerischen Proleten, der in ärmlichem Milieu (vgl. La pièce volée in SL3 bei CVK, II/273, 23. Jg. 1995) als Sohn einer analphabetischen Putzfrau aufwuchs, und den vollmöblierten Pariser Großbürgerkindern mit Wasser- und Traditionsanschluß liegen Welten, die im unterschiedlichen Stil dieser Autoren ihren Niederschlag finden und die nicht zuletzt dem Streit zwischen Camus und Sartre eine weitere Dimension verleihen. Darüber hinaus ist das Werk eine Fundgrube für Texte zu Unterrichtsreihen über Themen wie Enfance et adolescence (mit Auszügen aus Werken anderer Autoren , z.B. Rousseau, Pagnol, Duras, Sarraute, Labro usw.); Morale et pauvreté; Scènes de la vie quotidienne jadis et aujourd'hui; Ecole et enseignement (vgl. La visite du maître in SL3 bei CVK, II/277, 24. Jg. 1996), etc.

    Auszüge aus Le premier homme können von Schülergruppen als "lecture individuelle" und nach vorgegebenen Arbeitsaufträgen bearbeitet werden, z.B. Schildern von Leseeindrücken; Deutungsversuche; Referate; Vergleich von bestimmten Themen und Motiven in "traditionellen" Camus-Lektüren und in diesem Werk usw. Sie können Anlaß sein zu eigenen Erinnerungsversuchen der Schüler, ggf. zur Befragung der Tochter oder des Sohnes Camus', der Herausgeberin des Werkes, oder ihres Bruders. 

 

Auszug aus dem Roman:  

    Pourtant, Jacques savait qu'il était mal de dissimuler ces deux francs. et il ne voulait pas le faire. Et il ne le ferait pas; peut-être pourrait-il, comme l'autre fois, se glisser entre deux planches du vieux stade du champ de manoeuvre et assister sans payer à la partie. C'est pourquoi il ne comprit pas lui-même pourquoi il ne rendit pas tout de suite la monnaie qu'il rapportait et pourquoi, un moment plus tard, il revint des cabinets en déclarant qu'une pièce de deux francs était tombée dans le trou alors qu'il posait sa culotte. 
[...] L'explication de Jacques était plausible. Elle lui évitait d'être renvoyé dans la rue à la recherche de la pièce perdue et elle coupait court à tout développement. Simplement, Jacques se sentait le coeur serré en annonçant la mauvaise nouvelle. Sa grand-mère était dans la cuisine en train de hacher de l'ail et du persil sur la vieille planche verdie et creusée par l'usage. Elle s'arrêta et regarda Jacques qui attendait l'éclat. Mais elle se taisait et le scrutait de ses yeux clairs et glacés. «Tu es sûr? dit-elle enfin. - Oui, je l'ai sentie tomber.» Elle le regardait encore. «Très bien, dit-elle. Nous allons voir.» Et, épouvanté, Jacques la vit retrousser la manche de son bras droit, dégager son bras blanc et noueux et sortir sur le palier. Lui se jeta dans la salle à manger, au bord de la nausée. Quand elle l'appela, il la trouva devant l'évier, son bras droit couvert de savon gris et se rinçant à grande eau. «Il n'y avait rien, dit-elle. Tu es un menteur.» Il balbutiait: «Mais elle a pu être entraînée.» Elle hésitait. «Peut-être. Mais si tu as menti, ce ne sera pas pain béni pour toi.» Non, ce n'était pas pain béni, car au même instant il comprenait que ce n'était pas l'avarice qui avait conduit sa grand-mère à fouiller dans l'ordure, mais la nécessité terrible qui faisait que dans cette maison deux francs étaient une somme. Il le comprenait et il voyait enfin clairement, avec un bouleversement de honte, qu'il avait volé ces deux francs au travail des siens.

Albert Camus, Le premier homme (p. 86-87)

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