Auteur: 

Philippe BEAUSSANT 

Titre: 

Héloïse 

Editeur: 

Gallimard, Folio 2763 

Année de parution: 

1993 

Nombre de pages: 

153 

 

Résumé 

    Née six ans après la mort de Rousseau, Héloïse, personnage principal du roman, vit dans la maison d'une famille aristocrate. Sa mère est la femme de chambre de la comtesse qui, en même temps, la considère comme sa confidente et son amie. Le fils du comte, Jean-Jacques, grandit avec Héloïse. Leur amitié innocente se transforme, au cours du temps, en un amour inconditionnel. Celui-ci, pourtant, est fortement mis en épreuve par les bouleversements politiques et sociaux suite à la Révolution des années 1789-99. Jean-Jacques, persécuté en tant que représentant de la noblesse maudite, est obligé de fuir et de vivre dans la clandestinité. Il ne revient que très rarement (et en cachette) voir sa jeune amante qui l'attend patiemment, éprise d'un amour passionnel. 

    Le roman est écrit sous la forme d'une lettre adressée à "Monsieur". Héloïse y décrit, dans un langage à la fois sobre et sentimental, l'enfance et la jeunesse des deux héros ainsi que les longues années d'attente et d'incertitude pendant l'absence de Jean-Jacques. 

 

Kommentar 

    Das Thema des Buches - eine romantische Liebesbeziehung in Zeiten gesellschaftlicher Widersprüche und Umbrüche - dürfte für Mittel- und Oberstufenschüler durchaus von Interessse sein. Die Sprache stellt die Schüler nicht vor schwerwiegende Probleme. Sie reflektiert allerdings die recht überschwengliche sensibilité, die die vorrevolutionäre Romanliteratur kennzeichnet, und wirkt für Jugendliche heute in einigen Passagen sicher etwas befremdlich. Da das ungeklärte Schicksal des jungen Jean-Jacques bis zuletzt für Spannung sorgt, motiviert das Buch aber immer wieder zum Weiterlesen. 

 

Einsatzmöglichkeiten im Unterricht 

Der Roman eignet sich insbesondere 

- als hinführende Lektüre vor der Besprechung von Autoren der Lumières, besonders als Einführung in La Nouvelle Héloïse (Grund- und Leistungskurs) 
- als (auszugsweise) Lektüre im Rahmen von Unterrichtsreihen zu den Themen amour/amitié, l'individu face à la société / à l'histoire 
-(im bilingualen Zug) zur fächerübergreifenden Behandlung der Themen Ancien Régime bzw. Révolution française im Französisch- bzw. Geschichtsunterricht (Klasse 9; Oberstufe). 

 

Auszug aus dem Roman:  

    A ma naissance, Monsieur, ma mère m'a donné le nom d'Héloïse. Vous souriez? Si... Si... J'ai vu votre sourire dans vos yeux... Je vous entends comme si vous parliez à haute voix: pauvre fille, vieille fille de surcroît, affublée d'un nom si prétentieux, si saugrenu, si... littéraire. Eh bien, Monsieur, vous vous trompez. Il y a des gens qui n'aiment pas leur nom: pas moi. Il y a même des gens qui en changent, c'est ce que je ne puis concevoir. C'est comme si on changeait de nez. Le nom qu'on porte, c'est soi. Héloïse, c'est moi. Nos parents nous ont donné cela en même temps que la forme de notre nez, et nous n'y pouvons rien faire. C'est injuste, si l'on y songe. Mais moi, j'aime mon nom, et je vais vous dire pourquoi. Monsieur, j'avais six ans lorsque mourut Rousseau, et parmi les gens de mon âge, on ne compte pas les Jean-Jacques, les Emile, les Julie, les Sophie, enfin ceux qui portent le nom des personnages qui peuplent ses ouvrages. S'il n'y a pas beaucoup d'Héloïse (peut-être suis-je la seule?) c'est seulement qu'il n'y avait pas beaucoup de femmes qui fussent aussi délicieusement folles, aussi doucement candides, que le fût ma mère. Et moi qui ne suis rien, voyez: une vieille femme dans son fauteuil auprès d'une fenêtre, moi dont la vie n'est rien, ne sert à rien, je ne suis rien d'autre qu'un souvenir, une trace, une relique des rêves qui furent, il y a soixante ans, ceux de ma mère. Voyez-vous, Jean-Jacques avait pour ainsi dire transfiguré l'acte d'enfanter. Je sais bien que c'est une illusion, et que les mères ont mis leurs enfants au monde pendant des siècles avec la même joie, le même étonnement, mêlés à leurs souffrances. Je veux dire que dans l'âme des femmes qui avaient lu ses livres, qui avaient pleuré d'émotion (oui, oui, Monsieur, on pleurait, j'ai pleuré...), il avait introduit un sentiment tout nouveau et très tendre de la vie, du monde, des choses. C'était comme si tout allait devenir plus beau, plus transparent. C'était comme si la laideur et le mensonge allaient disparaître du coeur des hommes. Comprenez-vous pourquoi on m'a appelée Héloïse? Tout était en train de devenir limpide. Plus rien n'existerait qui ne vienne du coeur. Les enfants qui naissaient ne connaîtraient plus rien d'injuste, ni de laid ni de vil. Surtout rien de vil. Nous savions par coeur Le Vicaire savoyard et L'Emile, nous récitions les lettres de Julie, nous pleurions. Je dis "nous", car je n'ai jamais connu autre chose : croiriez-vous, Monsieur, que j'ai appris à lire, à l'âge de cinq ans, qu'on m'a appris les lettres de l'alphabet dans des pages de La Nouvelle Héloïse ? Je suis entrée dans ce monde-là, celui dont je porte le nom, avant même de savoir penser. Héloïse, c'était moi. (...)

Philippe Beaussant, Héloïse

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