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Résumé
Née six ans après
la mort de Rousseau, Héloïse, personnage
principal du roman, vit dans la maison d'une famille
aristocrate. Sa mère est la femme de chambre de la
comtesse qui, en même temps, la considère comme
sa confidente et son amie. Le fils du comte, Jean-Jacques,
grandit avec Héloïse. Leur amitié
innocente se transforme, au cours du temps, en un amour
inconditionnel. Celui-ci, pourtant, est fortement mis en
épreuve par les bouleversements politiques et sociaux
suite à la Révolution des années
1789-99. Jean-Jacques, persécuté en tant que
représentant de la noblesse maudite, est
obligé de fuir et de vivre dans la
clandestinité. Il ne revient que très rarement
(et en cachette) voir sa jeune amante qui l'attend
patiemment, éprise d'un amour passionnel.
Le roman est écrit sous
la forme d'une lettre adressée à "Monsieur".
Héloïse y décrit, dans un langage
à la fois sobre et sentimental, l'enfance et la
jeunesse des deux héros ainsi que les longues
années d'attente et d'incertitude pendant l'absence
de Jean-Jacques.
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Auszug aus dem
Roman:
A ma naissance, Monsieur, ma
mère m'a donné le nom d'Héloïse.
Vous souriez? Si... Si... J'ai vu votre sourire dans vos
yeux... Je vous entends comme si vous parliez à haute
voix: pauvre fille, vieille fille de surcroît,
affublée d'un nom si prétentieux, si saugrenu,
si... littéraire. Eh bien, Monsieur, vous vous
trompez. Il y a des gens qui n'aiment pas leur nom: pas moi.
Il y a même des gens qui en changent, c'est ce que je
ne puis concevoir. C'est comme si on changeait de nez. Le
nom qu'on porte, c'est soi. Héloïse, c'est moi.
Nos parents nous ont donné cela en même temps
que la forme de notre nez, et nous n'y pouvons rien faire.
C'est injuste, si l'on y songe. Mais moi, j'aime mon nom, et
je vais vous dire pourquoi. Monsieur, j'avais six ans
lorsque mourut Rousseau, et parmi les gens de mon âge,
on ne compte pas les Jean-Jacques, les Emile, les Julie, les
Sophie, enfin ceux qui portent le nom des personnages qui
peuplent ses ouvrages. S'il n'y a pas beaucoup
d'Héloïse (peut-être suis-je la seule?)
c'est seulement qu'il n'y avait pas beaucoup de femmes qui
fussent aussi délicieusement folles, aussi doucement
candides, que le fût ma mère. Et moi qui ne
suis rien, voyez: une vieille femme dans son fauteuil
auprès d'une fenêtre, moi dont la vie n'est
rien, ne sert à rien, je ne suis rien d'autre qu'un
souvenir, une trace, une relique des rêves qui furent,
il y a soixante ans, ceux de ma mère. Voyez-vous,
Jean-Jacques avait pour ainsi dire transfiguré l'acte
d'enfanter. Je sais bien que c'est une illusion, et que les
mères ont mis leurs enfants au monde pendant des
siècles avec la même joie, le même
étonnement, mêlés à leurs
souffrances. Je veux dire que dans l'âme des femmes
qui avaient lu ses livres, qui avaient pleuré
d'émotion (oui, oui, Monsieur, on pleurait, j'ai
pleuré...), il avait introduit un sentiment tout
nouveau et très tendre de la vie, du monde, des
choses. C'était comme si tout allait devenir plus
beau, plus transparent. C'était comme si la laideur
et le mensonge allaient disparaître du coeur des
hommes. Comprenez-vous pourquoi on m'a appelée
Héloïse? Tout était en train de devenir
limpide. Plus rien n'existerait qui ne vienne du coeur. Les
enfants qui naissaient ne connaîtraient plus rien
d'injuste, ni de laid ni de vil. Surtout rien de vil. Nous
savions par coeur Le Vicaire savoyard et
L'Emile, nous récitions les lettres de Julie,
nous pleurions. Je dis "nous", car je n'ai jamais connu
autre chose : croiriez-vous, Monsieur, que j'ai appris
à lire, à l'âge de cinq ans, qu'on m'a
appris les lettres de l'alphabet dans des pages de La
Nouvelle Héloïse ? Je suis entrée
dans ce monde-là, celui dont je porte le nom, avant
même de savoir penser. Héloïse,
c'était moi. (...)
Philippe Beaussant,
Héloïse
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